13 février 2008
Le piéton Chivoux est chez nous
Il ne faut pas s’habiller en blanc et surtout pas les chaussures ni même être en clair. D’ailleurs la plupart des gens ne sont pas clairs et la transparence n’est pas monnaie courante dans la ville natale de Chivoux. La monnaie oui elle est courante presque partout. Hm hm ! Revenons aux habits.
Cet été Chivoux a découvert un grand chantier et non une ville. Des travaux partout, des boulevards remués tête en bas et la poussière et compagnie errent avec le vent. C’est bien de faire des rénovations mais ce qui est meilleur c’est de les accompagner avec les accommodements nécessaires. C’est bien de creuser ici et là mais il serait juste de remettre la chaussée à son état initial dès la fin des travaux. Ne cessa de penser Chivoux. Ailleurs, le matin on commence à creuser, l’après midi si vous ne les aviez pas vu faire vous ne sauriez jamais que travaux il y avait. Chez Chivoux, vous n’êtes même pas de la ville, vous arrivez un mois après les travaux, vous passez par la dite rue et un amas de pierres et de poussière, des restes de sables et de ciment et l’absence de finition vous révèlent tous les secrets. Chivoux peut même deviner les composantes qu’ils ont utilisées !
Notre héros a passé la plupart de son temps à éviter les boulevards de Rabat en travaux et comme ils sont nombreux c’était un casse tête. Pauvre piéton qu’il est. Le pire c’est qu’il a remarqué que les gens n’étaient pas gênés. Alors qu’il empruntait la rue avec les voitures dès qu’il le pouvait. Oui il ne respecte pas les voitures et les piétons qui les respecte eux ? Les voitures ne sentent ni la poussière dans le vent ni les cailloux et la boue sous les pieds. Bref, je disais Chivoux soit empruntait la rue soit marchait difficilement dans les trottoirs à moitié finis. Des trottoirs où on sentait les pierres bousculer la paume des pieds et où il faut de temps à autre sauter pour éviter une grande flaque de boue. L’impressionnant c’est que les gens semblaient intégrer ça parfaitement : ils marchaient joyeusement et nonchalamment comme s’ils glissaient sur du marbre. Pire encore il y a même des cafés qui sortaient leurs terrasses juste là au dessus de ce mélange de ciment et de pierres tout près des restes de sable et autres composantes et ils ne manquaient pas de clients. Chivoux est resté sans voix. Est-il devenu snob ? Est-il devenu trop regardant ? Ou bien c’est les autres qui à force de subir ne disent plus rien ?
Pauvre piéton qu’il est. Oui car les motorisés eux s’en moque. Piéton veut dire que vous n’avez pas de quoi acheter une voiture (pas forcément vous direz mais là c’est moi qui raconte) et donc tant pis pour vous car vous n’auriez pas les moyens de réclamer vos droits non plus. Comme d’habitude c’est le pauvre qui prend tout. Conclut notre héros.
En effet, Chivoux a constaté qu’il est difficile d’être un piéton. Les trottoirs rétrécissent de plus en plus en faveur des voitures qui pour stationner font monter la moitié du véhicule sur le trottoir. D’ailleurs, Chivoux se demande d’où est ce qu’on tient cette manie. Une mauvaise habitude –sûrement- qui ne laisse plus d’espace pour le piéton. Ce dernier est souvent forcé de marcher dans la rue en essayant à chaque fois d’éviter les voitures. Sans oublier que certains trottoirs sont carrément fermés et les piétons doivent faire un détour ou traverser de l’autre côté : sécurité oblige ! Comme si les voitures ne pouvaient pas être dangereuses, remarqua Chivoux. Et comme cela ne suffisait pas les feux de signalisation sont faits pour les voitures seulement. Remarquez leur position. Si vous êtes un piéton comme notre héros et vous devez traverser, le feu et au-dessus de votre tête et il vous faut toute une gymnastique pour le voir. Très rares sont les intersections avec un feu piéton en face et encore rares ceux qui fonctionnent. L’autre fois Chivoux attendait aux feux pour traverser et comme il ne le voyait pas il observait les voitures croyant qu’elles allaient s’arrêter quand le feu passera au rouge et donc au vert pour lui. Chivoux est resté comme un débile une quinzaine de minutes jusqu’à ce qu’un gars s’amène et traverse de force obligeant les voitures à stopper.
Ceci dit Chivoux apprécie une chose : Le conseil de sa ville a eu l’intelligence de transformer, dans certains boulevards, les passages piétons en dos d’âne. Bien évidemment les automobilistes se plaignent. Chivoux a entendu une centaine de grognes dans ce sens mais il répond toujours avec un sourire : « mais que voulez vous ? Avant vous voyez un passage piéton et vous accélériez au lieu de ralentir ou au mieux vous l’ignoriez. Là au moins vous êtes bien obligé de ralentir ». Cependant, avec la mode de cet été seuls les personnes avec des voitures « 3la 9ad l7al » qui continue de ralentir. Les autres sont équipés avec des 4x4 et comme il y en a trop ben les dos d’âne on s’en moque. Les UnPoly ! Pensa Chivoux tout en soupirant. En même temps si c’est Un il peut pas être poly puisqu’il est mono. Enfin avec cette mode de 4x4, pour les passages piétons c’est le retour à la case départ sans toucher les 20 000. Pauvre de toi piéton.
Ps. Pour les autres épisodes de Chivoux voir la catégorie du même nom.
09 décembre 2007
Chivoux : encore à l’aéroport (suite et fin)
Suite et fin des épisodes 1 et 2 :
En tout cas si quelqu’un observe notre héros Chivoux, ce dernier n’en saura rien du tout. Sa question reste alors suspendue mais c’est le dernier de ses soucis pour le moment. Il regarde sa montre. Plus que 2h avant le vol. Ainsi Chivoux quitte son panneau publicitaire. Certains l’auraient même pris faisant parti de la pub après tout ce temps passé sous ce panneau.
Afin de changer de décor, notre homme décide de passer le reste du temps dans la salle d’embarquement. Il passe la douane, longe le couloir et pour écouler encore des minutes (tous les moyens sont bons) s’arrête devant les magasins « hors-taxes ». Quoique cette appellation « hors-taxes » lui fait toujours rire. De qui se moque-t-on ? pensa-t-il. Avec toutes les taxes incluses dans votre billet d’avion, c’est des cadeaux gratuits auxquels vous avez droit. Plus de la moitié du billet c’est juste des taxes et on ose vous parler du « hors-taxes » ! Chivoux aurait préféré acheter son billet sans ces fameuses taxes (qu’on paie et on ne sait même pas pourquoi) et serait prêt à acheter chez ces magasins le double du prix.
Bref, notre héros sort de ses divagations pour revenir à ces 2 longues heures à passer. La salle d’embarquement était pleine déjà mais par des voyageurs pour un autre vol. Il prend place à côté d’un père de famille.
Quinze minutes plus tard, il ouvre ses yeux (oui il vient de faire un petit somme en écoutant de la musique). Après toute la marche et les tours qu’il a fait, Chivoux peut oublier le sport pour quelques temps. Il a fait le plein aujourd’hui. Il commence alors à explorer les alentours, regarder les visages, voler quelques phrases par-ci par-là. Puis arriva le moment pour voir ce qui se passe à côté de lui et surprise : deux petits enfants (un garçon et une fille) assis sagement près de leur père sans bruit ni agitation. Le petit garçon entrain de lire ses bande dessinés (pour mômes...vous savez celles ou il y a 10 pages max avec de très très gros dessins) et la petite fille avec son père qui surveille son travail sur un livre « Apprendre l’écologie en coloriant ». Elle en avait cinq ou six de ce type de livres thématiques. Waw ! S’étonna Chivoux, à son âge il savait même ce que cela veut dire écologie. Pire encore, à son âge il se serait jamais tenu tranquille comme ça pendant tout ce temps là, ni ouvrir un livre en plein vacances et encore moins un livre pour apprendre des choses sur des trucs que même les grands ont de la misère à appliquer. En un mot bravo. Ils étaient tellement sages que Chivoux a pu faire une petite sieste. Notre héros avait l’envi de demander au père : c’est quoi ton secret ?
Bref, les agitations commencent et c’est presque l’heure de leur avion. Les gens se préparent pour l’embarquement. Les deux enfants rangent leurs affaires et le petit garçon tout excité et de voir l’avion et de partir en vacances, demanda à son père :
- Papa, je peux aller voir ?
- Non rest ici. Ils vont faire une annonce.
Point à la ligne et fin de la discussion. Pas de contestations, ni de cris, ni de larmes…rien, nada, walou. Le petit garçon commença à jouer avec sa sœur.
Voilà l’avion partait pour Paris. Comme à l’accoutumer d’abord les femmes avec enfants, les gens âgés et après tout le monde. Ils embarquent et la salle se vide. Mais ne tarda pas à se remplir petit à petit par les passager de la RAM en destination casa. Enfin, Chivoux commence à sentir l’ambiance de son voyage. La salle est devenu trop bruyante, des enfants courent dans tous les sens, crient, pleurent pour un oui ou pour un non. Les parents les engueulent, les frappent, les menacent de ceci et de cela, courent après eux. Rien ne change. Quoi ? Des livres ? C’est quoi un livre ? En même temps ça rend cet endroit vivant à 23h20. S’avoua Chivoux.
Il ne reste pas beaucoup de temps (10 min). Mais bon il faut toujours prévoir minimum 15 min de retard. Gracieuseté de la RAM. Eh ben c’est une règle générale : ajoutez toujours 15 à 30 minutes à l’heure que la RAM vous donne comme heure d’embarquement. Effectivement, c’était le cas. C’est déjà l’heure mais aucune hôtesse/steward n’est dans le coin. Puis ils commencent à arriver petit à petit. Il est presque minuit les gens se demandent se qui se passe. Est-ce qu’on va voler ce soir ou pas ? (Question légitime puisque tout peut arriver quand vous être pris en main par les RAMeurs).
Puis un steward entouré de toute une horde de voyageurs qui le bombardent de questions annonce (eh oui il faut les menacer pour nous tenir au courant sinon on vous laisse mariner autant que vous n’êtes pas assez chaud pour exploser - remarqua Chivoux). Je disais, le steward annonce que dans le cadre de leurs mesures de sécurité de routine les douaniers de l’aéroport de Montréal ont choisit par hasard ce soir notre appareil pour être sujet à vérification et fouilles. Donc cela doit prendre environ 30 minutes.
Ah non ! Comme un malheur ne vient pas seul, il faut que ce hasard (dit-on) tombe sur nous. Lança Chivoux au bord de la rage. On attend encore une vingtaine de minutes la fouille est finie on peut partir. Tout le monde embarque (dans le désordre). À l’entrée de l’engin, Chivoux lit le titre en gros et gras dans un journal « Le niveau de l’alerte passe au rouge au Maroc ». Ah oui fouille par hasard. Mon œil oui. Las tout ce que veut Chivoux c’est de s’asseoir et fermer l’œil comme il a toujours eu l’habitude de le fermer sur un tas de choses y compris sur son oreiller.
10 novembre 2007
Chivoux : encore à l'aéroport (suite)
Suite de l'épisode précédent :
Après avoir découvert au comptoir d'enregistrement de la RAM à l'aéroport de Montréal qu'il va devoir attendre 5 heures suite à un retard de 3h, Chivoux réplique à la dame
" - 3 heures de retard c'est un peu long
- L'avion a eu un pépin au Maroc c'est pour cela
- Cela veut dire qu'on partira avec le deuxième vol ou plutôt il n'y aura pas deuxième vol"
Embarrassée par les questions de Chivoux l'hôtesse d'accueil essaie de montrer qu'elle est occupée et répond :
" - Je ne sais pas
- D'après mes calculs vous aviez cette information tôt cette après midi puisque le retard s'est fait au départ et non durant le vol et donc vous auriez pu prendre le téléphone et avertir vos clients.
- ehh..(l'hôtesse souris et hoche des épaules)
- Ok. Bon le coupon-repas est ce qu'on peut acheter autre chose avec ?
- Non il est juste valable dans tous les restaurants de l'aéroport (soudain elle retrouve sa vivacité dans ses réponses)
- Mais moi j'aurais aimé avoir une carte téléphonique pour avertir les gens au pays...vous savez il vont faire le déplacement très tôt le matin (l'avion est supposé atterrir à 7h du matin) et là il vont trouver personne.
- ehh..(l'hôtesse souris et hoche des épaules) "
C'est peut-être un code sourire et hocher des épaules pensa Chivoux qui la remercia tout de même et s'en alla. Il est persuadé que ce n'est pas un retard 'normal' et qu'il est voulu. Oui voulu car ce n'est pas normal que le premier avion fasse du retard et qu'on n'ait pas de deuxième vol alors que les gens ont acheté leur tickets pour le second vol. Ce retard ce n'est qu'un déguisement pour dire que le premier vol est annulé...mais comme on nous prend toujours pour des imbéciles ca va. Ayant un petit nombre de voyageurs dans chaque avion la RAM a décidé de combiné les deux en un seul et faire passer le tout pour un retard. Voilà la théorie de Chivoux qui n'est pas si bête que ça.
Bref, le seul soucis de notre héros devient: comment passer ces 5 heures dans cet aéroport. En 5 heures il aurait pu rentrer chez lui faire les deux trois trucs qu'il avait oublié de faire et revenir et il sera dans les temps. Cependant, ça ne le tentait plus donc il a commencé par essayer de se fatiguer: faire le tour une, deux, trois ...n fois de l'aéroport. Faire tous les magasins un par un sans omettre de visiter toutes les sections d'une librairie y compris les plus loufoque. Ce n'est pas qu'il veut pas s'asseoir un peu mais à Montréal les places assises sont vite prises et jamais (ou presque) libérée. Comme Chivoux tombe dans une plage horaire de grand achalandage il n'y a pas une seule place pour poser son derrière...et là il commence à se tanner et d'avoir marre. Faites un petit commerce de location de chaises pliantes à l'aéroport de Montréal et vous deviendrez riche. Pas aussi riche que Bill gates voyons donc ! faut pas rêver non plus.
Il aurait voulu suivre le conseil d'un ami et s'asseoir prés de quelqu'un qui lui racontera sa vie mais pour le moment il veut juste s'asseoir après il pourra avoir le luxe de choisir ou le faire. Bref, il fait quand même un dernier tour pour vérifier et en même temps voir ce qu'il peut manger. Chivoux arrive devant un snack assez cher et repère deux petits tabourets libres et donc décide ou plutôt les tabourets décident pour lui qu'il va manger maintenant et ici.
Chivoux rencontre un ami avec qui il a papoter en mangeant et même après (ça fait passer le temps) Chivoux ne voulait pas que la discussion finissent...il essayait de sortir n'importe quel sujet, n'importe quel événement ou non événement mais à un certain moment l'ami doit quitter car il accompagnait juste quelqu'un et doit rentrer là.
Chivoux regarde l'heure il a juste écoulé 2 heures...Il appelle au pays pour annoncer le retard et 13 minutes d'attente de moins en même temps. Il refait le tour quelques fois de l'aéroport quoique rien de nouveau à découvrir sauf des visages qu'il oublie au prochain passage.
Finalement, il se pose sous un panneau publicitaire près d'un couple d'un certain age. il essaiera d'écouler une heure encore. Il reste là à attendre et attendre...deux trois phrases avec le couple et puis attendre et attendre...et surtout voir que tous les voyageurs prennent leur vol. D'autres viennent, attendent un peu et s'en vont...il n'y a que lui qui ne bouge pas...ça lui rappelle soudainement le film Le terminal. Y a-t-il un agent d'aéroport qui est entrain de l'espionner du haut de sa tour ?
A suivre
28 octobre 2007
Chivoux : encore à l’aéroport
Toujours la même chose. Toujours à la dernière minute de son départ, Chivoux découvre qu’il a moult et une choses à faire. Il a beau faire des listes, des rappels, s’y prendre à l’avance, il y a toujours des trucs qui échappent à Chivoux et quand il s’en rappelle le jour même ou il fait sa valise il a toujours la même réaction : " Mais bien sûre pourquoi je n’y ai pas pensé avant…c’est élémentaire mon cher Chivoux".
Bref, ce retour là ne fait pas l’exception. Son vol est programmé pour 20h30 donc il devrait être à l’aéroport de Montréal à 15h00 selon les consignes de sécurité mais bien sûr tout ça est exagéré. 5 heures trente avant le vol c’est trop à moins que vous prévoyez passer la serpillière dans le hall de l’aéroport en entier. Ça pourra vous occuper. Donc Chivoux prévois d’être là-bas vers 17h30. C’est mathématique dit-il : 30 minutes à 50 minutes pour enregistrer les bagages. Un petit tour de 15 à 30 minutes puis un autre 15 minutes pour passer la douane et hop c’est déjà l’heure de l’embarquement.
Chivoux arrive à l’aéroport à 17h45, c’est limite limite, en laissant son appartement dans un tel état. Il n’a pas eu le temps de faire trois petites choses encore mais bon pas grave. Il arrive à l’enregistrement et première surprise : il n’y a pas beaucoup de monde qui font la file. Bizarre quand même. Normalement plus on tarde plus il y a du monde. Chivoux commence à paniquer: peut-être l’enregistrement pour son vol est déjà fini et ces gens qui sont là sont peut-être les premiers venus pour le prochain vol qui est prévu à 23h30. Eh oui, figurez vous que la RAM oui notre chère compagnie royale a deux vols par jour pour Montréal. Très rentable.
Notre héros attend son tour gentiment et sans faire apparaître sa crainte. Soudain un monsieur (un chibani dirait l’autre) avec sa famille vient juste devant Chivoux et demande à celui qui est devant :
- C’est bien le vol de la RAM ?
- Oui, c’est ici (même si c’est écrit rouge sur blanc avec des caractères gros comme ça juste devant ses yeux…mais bon passons). Puis le monsieur fait semblant de ne pas voir la file (ça n’étonne pas Chivoux puisqu’il n’a pas vue tout le reste) et se glisse devant Chivoux. Notre héros lui jette un regard mais un regard (comme celui jeté par Gad à la caissière du McDo) et lui lance :
- Monsieur la file c’est par derrière.
- Ah oui, jusque là-bas ?
- Oui jusque là-bas.
- Oufff c’est beaucoup.
- Eh oui moi aussi j’ai attendu pas mal de temps.
Le monsieur a finalement compris que jouer à l’imbécile ne lui permettra pas de "manger du pain" avec Chivoux et part en arrière.
Le tour de Chivoux arrive. Il tend le billet et s’attend à ce que l’hôtesse d’accueil lui dise : Mais monsieur votre avion décolle bientôt. Votre enregistrement ne peut pas se faire. Chivoux prépare dans sa tête les réponses possibles et les négociations éventuelles quand l’hôtesse lui dit : monsieur votre destination finale c’est Casa? Ouf ! dit Chivoux tout bas avant de répondre avec assurance. – Oui madame.
Il est heureux de n’avoir pas rater son enregistrement et en plus être dans les temps ce qui lui permettera de prendre son vol avec zéro temps d’attente dans l’aéroport chose qu’il déteste par-dessus tout. En effet, Chivoux hait ce temps mort ou il faudra tourner en rond à l’aéroport sans objectif aucun sauf de tuer le temps avant que l’heure d’embarquement arrive. Psychiquement on a la tête ailleurs, on a hâte d’arriver à destination et on n’aimerait pas perdre aucune minute.
Bref, l’hôtesse termine ses formalités et tend à Chivoux son billet, son passeport et un carton. Chivoux regarde ce carton tout étonné en se demandant à quoi il peut bien servir. C’est la première fois qu’on le lui donne. Avant d’errer dans ses pronostiques, l’hôtesse lui dit :
- Monsieur c’est un coupon-repas de 20$
- Merci, c’est très gentil (pour une fraction de seconde il a penser que la RAM était généreuse tout simplement..mais ça n'a pas durer plus qu'une fraction de seconde et donc il a continuer sa phrase) mais pourquoi faire ?
- Ah ! en fait l’avion a pris du retard
- Du retard comment ?
- Je sais pas…je crois 3h. Il n’a pas encore atterrit.
- 3h ! (et elle ne sais pas..ça sent pas bon ça) cela veut dire 5h coincé à l’aéroport.
To be continued.
28 août 2006
Chivoux en ville
Chivoux arrive enfin chez lui. Les grandes retrouvailles : les frères, les sœurs, lwalid, lwalida bref toute la famille est là. Il respire profondément « mmm…ça fait du bien » puis tousse « kouf kouf…Aïe » ehh oui fallait pas trop respirer tout de même !
Après les questions- réponses habituelles : et le voyage ? et la durée ? et le décalage ? et la fatigue ? et les douaniers ? et bien sure…et la bouffe ? (Elle est omniprésente dans toute discussion qui se veut marocaine), chivoux prend une bonne douche puis relaxe devant la télé…ça lui manque énormément : ce présentateur du journal télé en arabe, cette présentatrice qui l’amuse bien, ce décor toujours fidèle à lui même et…qui c’est celui-là ? …c’est une nouvelle tête… ah ! a talfaza tata7arak ‘la télé bouge’ (c’est un slogan des années 80) .
Chivoux sent le vendeur de sable s’approcher…essaies de le corrompre mais waaalou même ici il ne veut pas de bakchich d’ailleurs il est le seule. Donc notre héros se lève et s’en va dormir.
Le lendemain, il se réveille très tard. Décalage horaire oblige ! Il prend directement son déjeuner (ça tombe bien puisque déjeuner au Québec veut dire petit-déjeuner) et décide d’aller faire un tour. Question de respirer l’air du bled et voir sa ville. Sa petite nièce de 4 ans était là à l’attendre pour lui dire bonjour…Chivoux décida de l’emmener avec lui.
Destination la vieille médina. Là ou on sent la vie, là ou la chaleur humaine est à revendre. Chivoux doit faire le plein car dans l’autre pays c’est un froid glacial et humain et climatique. Il passe la « houma » (le quartier), les gens sont déjà au courant de son arrivée, de l’heure même exacte ou il a mis les pieds sur Rabat, de la durée de son séjour et même du plan de ses vacances que lui-même ignore et bien sure du fait qu’il a toussé en respirant hier. Bref, il salue ses connaissances et s’arrête pour parler deux secondes à l’une d’entre elles :
« - salam, Chivoux labass…wa twahachnak (ca va ? tu nous a manqué)
- tta ana twahachtkoum ou bezaaaf (moi aussi)
- kidayra denia temma ? (comment c’est là-bas ?)
- iwa ach gha ngoul lik…meziana…fine ma kounti rah meziane (bien...ici aussi c’est bien)
- ach tgoul...hna rah makayen may dddar...ana menek manjich..nmchi lmexique pour les facances...hanta ti va foir...chouf chouf...had zbel...had lfouda.. (ici y a rien a fouttre...tu va voir...saleté et désorganisation)
- had chi dayez...bnadem khassou ikhdem (faut que les gens travaillent pour que ça change)
- wa fina hia lkhedma (il est ou le travail ?)
et comme s’il avait deviné à quoi pensait Chivoux il continue :
- nta rak fatigué…nkhelik ou…ta ndirou chi café (je crois que t’est fatigué…je te laisse)
- ok yallah thalla…(ok bye)
Avant que chivoux parte le gars s’adresse à sa nièce :
- labass ketkouta…(salut bébé)
- abass (alut)
- achnou jab lik tonton men berra ? (tonton t’as ramené quoi comme cadeau ?)
Avec ce réflexe culturel, d’une pierre il fait deux coups : un il s’amuse avec la petite et deux un peu de tberguigue ne fait de mal à personne…enfin il ne fait que pratiquer son sport favori.
Chivoux continue son chemin vers la vieille ville, il passe devant le fameux commissariat1, regarde les policiers en tenu d’été et sourit, puis s’en va vers la grande avenue M5 mais comme elle était en pleine rénovation il décida d’esquiver la poussière et changer de boulevard et passe devant le McDo. Chivoux, s’étonne du nombre de gens, surtout de jeunes qui viennent en pèlerinage chez Haj McDo ! wow c’est le rassemblement des frimeurs : on s’habille bien, on prend la voiture de papa et on va au McDo…c’est du jamais vu.
Ailleurs la clientèle de ce fast-food est essentiellement constituée des sans abris et des délinquants puisqu’il est le moins cher et puisque la qualité de sa bouffe si on peut l’appeler ainsi laisse à désirer. Ailleurs inviter quelqu’un au McDo c’est l’insulter.
Bref, toujours vers l’ancienne médina…il a hâte. Voilà on est presque arrivé. Le portail rouge…le mur de la médina…les marchands ambulants…les cafés terrasses…ici ce sont de simples gens qui créent l’animation…Chivoux admire cette agitation qui lui manque tant…
Il attend sur le trottoir le feu alors que sa nièce voulait traverser. Chivoux s’agenouille et lui explique :
« - Normalement il faut attendre que le feu passe du vert au rouge avant de traverser…ok ? (oui parce qu’il y a pas de feu pour les piétons…enfin pas partout)
- ahh..chouf le monsieur » (mais regardes le monsieur)
Il regarde, les gens étaient entrain de traverser. C’était le défi de la mort…celui qui va se faufiler le mieux entre les voitures gagne sa vie…et c’est du sérieux…on gagne presque souvent.
« - fais pas attention à eux. Nous on va attendre »
Le feu vient de passer de l’orange au rouge pour les voitures, ils s’apprêtent à traverser. A peine chivoux a-t-il mis un pied sur la route qu’un taxi roulant à toute allure lui klaxonne, il recule jet un coup d’œil sur le chauffard…de taxi qui lève la main pour protester puis regarde le feu…il est bel et bien rouge ! « Quel culot ! »
Il se tourne vers sa nièce ne sachant plus quoi lui dire…elle est où la vérité ?…et il lui lance corrigeant sa phrase : « - Normalement il faut attendre que le feu passe du vert au rouge, que les voitures s’arrêtent complètement, qu’il n’y ait pas de taxi et que tu aies une assurance vie avant de traverser »
Tout ceci ne va pas gâcher la journée de Chivoux. Il est venu sentir les multiples arômes de la vie. Il entre, mmmm que c’est bon, des légumes frais, des fruits juteux, des vendeurs de sandwichs toute garniture possible et imaginable (nom d’un chien !), des fruits secs, des cris par ci par là : réclame Madame, réclame Monsieur, des mahlaba, des épices, des olives, de la musique…chacun met haut et fort sa radiocassette et ça donne un remix original…la vie est belle, le Maroc est beau…
Chivoux est resté presque toute l’après midi à savourer ce plaisir de retrouver sa culture et ses origines, de rencontrer ces gens simples, leur sourire…ces gens qui ignorent combien ils sont chanceux d’avoir à leur portée tous ces délices, ces plaisirs, tout ce beau pays…ces gens qui, s’ils le savaient, se motiveraient plus pour travailler leur pays, changer de mentalité et respecter tout ce qui peut se respecter à commencer par les feux.
1 voir épisode 3
26 mai 2005
Chivoux chez lui
Pour briser le silence...du waloo aérien...(hospitalité oblige!)...je vous livre ces lignes déjà paru dans la revue l'AIENSIAS : horizons citoyen. Une petite pensée pour Mounir..qui vient d'avoir son premier incident avec la RAM :)....
Chivoux chez lui
« Nous procéderons à l’atterrissage bientôt…nous vous remercions d’avoir choisi la Royale Air Maroc »
Chivoux se tourne vers la dame assise à coté de lui et qui vient de se colorier le visage comme si une âammaria l’attendait en bas de l’avion :
- Choisi ! qui c’est qui a choisi ?
- Wellahila comme si on avait le choix
- Ils jouent leur rôle… jouons le notre !…faisons semblant de choisir la compagnie, les hôtesses et la bouffe !
- A propos des hôtesses, on dirait qu’elles avaient gagné le concours de Miss mauvaise humeur…même schtroumpf grognon se ferait passer pour un clown devant elles….pour la bouffe : No comment. Ils croient que safi on a quitté le pays donc on sait plus faire la différence entre poulet et poulet…entre Kaâb lghzal et dik lghzal dial farina.
- Mets ta ceinture…je sais même pas si on est assuré ou pas avec la RAM.
- Tu as raison.
En attendant l’atterrissage, Chivoux, s’amuse à regarder les visages des personnes à bord...tout d’abord car il n’a pas le choix…Sachant qu’il avait réservé une place près de la petite lucarne pour admirer son pays avant d’y mettre les pieds…Hélas, l’hôtesse d’accueil voyait les choses d’une autre manière et n’a pas tenu compte de la réservation de siège de Chivoux…Chez la RAM tu t’assois là ou on te le dira et pas ailleurs. A ce moment, Chivoux s’est rappelé avec amertume son voyage avec Air France où durant l’escale à Paris et juste avant l’embarquement l’hôtesse prend le billet d’embarquement de Chivoux, le glisse dans une machine pour l'estampiller et Oups ! Il veut plus sortir…Pas de panique ! Sans le moindre temps de réflexion (pas de talkie walkie, pas de sacre, pas de temps d’attente…waaaaaalouuu) – on dirait un réflexe naturel- elle sourit à Chivoux, lui tend un nouveau billet et dit : on s’excuse Monsieur…vous voyagerez en première classe. Je ne vous dis pas. Chivoux était bouche bée…waw ! Moi en première ??! C’est cool. On ne schtroumpf pas avec air France.
Revenons à nos moutons…ehhh à nos passagers. Donc il regardait les visages illuminés et surtout bien maquillés…Chivoux a toujours trouvé ça bizarre : quand l’avion se prépare à descendre tout le monde se précipite vers les toilettes pour se faire beau mais surtout belle. Le bruit des trousses de toilettes qui s’ouvrent et se ferment, l’agitation dans l’avion, les excusez-moi Monsieur (toutes les Madame sont debout), les miroirs de poche qui font fureur…tout ceci fait partie du rituel de l’atterrissage. Chivoux ne se joint pas à la « Party » : personne ne l’attend à l’aéroport il préfère prendre le train et puis ça sert à quoi de se faire beau après 8h de vol de toute beauté (l’autre sens de vol)?
L’avion est enfin sur le sol…wow. Des applaudissements on se croirait au théâtre…comme si c’était un exploit pour le pilote qu’il ne réussit que rarement. Chivoux chuchote à la dame à coté de lui :
- je ne veux pas être à la place du pilote…ça serait une insulte à mes compétences !
- Barak men lfhamat…on est arrivé c’est ce qui compte.
- Ehh..oui
Oui peut être elle a raison, l’important c’est d’arriver peu importe où…se dit Chivoux. Il défait sa ceinture et se prépare pour quitter l’avion. Une quinzaine de minutes après et Chivoux met le premier pied (il espère qu’il ne soit pas le dernier non plus) sur l’aéroport international Mohamed V…il adore appeler cet aéroport par son nom complet. Ça fait joli, respectable et ça mange pas de pain. Même si son « middle name » ne reflète pas sa vraie personnalité mais bon fermons les yeux pour une fois…euh…deux fois…euh…n fois !
Les visages typiques des douaniers : les moustachus comme certains aiment les appeler, les odeurs d’un pays folklorique se sentent, la fumée des Marlboro and co., les bruits des cris par-ci et par-là se mélangent avec les : vos papiers s’il vous plait, les plus chanceux qui sautent toute la file d’attente, donnent leur passeport à un « ami » qui le fait tamponner pour eux, les abus dès la première bouffée d’air…Chivoux murmure : ahhh au moins, je sais que je ne me suis pas trompé de pays.
- Salam !
L’agent répond Chivoux (wa alaikoum salam) mais seulement avec sa tête et tend la main pour récupérer les papiers. Chivoux tout étonné se dit bon peut-être le pauvre il a mal à la gorge…il lui tend les papiers…l’agent regarde Chivoux et regarde la photo sur le passeport deux à trois fois (ça doit figurer dans la recette des douanes). Soudain il se met debout et crie de toute ses forces : AbdKadeeeeer…AbdKadeeer…douz douz asahbi…ghir aji aji.
Chivoux se dit eh ben ça doit être un autre chanceux qui va sauter la file…et puis ce gars il a pas mal à la gorge…bon ben la prochaine fois je vais aller apprendre le langage des signes c’est mieux comme ça tout le monde est content.
Après le passage c’est le tour au détecteur de mensonge euh…de métal. Chivoux a toujours eu la même impression : ces détecteurs dans ce bled soit ils sonnent pour aucune raison soit ils sonnent jamais. Devant, y a un policier trop bavard même : Ton nom ? Tu viens d’où ? De quelle ville ? Tu vas où ? Tu fais quoi ? Combien de temps ?...........y manquait plus que gare à toi !
Ok une étape de moins…Chivoux s’excite de plus en plus…il ne reste plus qu’a récupérer les bagages et sortir enfin si tout va bien. Il attend sortir ses bagages, il attend, il attend mais impossible de les voir sortir. On dirait qu’ils ont pris un autre vol ! Tout le monde autour de Chivoux se pose la même question : est ce bien là ou il faut attendre les bagages du vol AT 206 ? Et quelqu’un de répondre : oui madame…c’est là…ils vont bientôt sortir.
Les valises de Chivoux étaient parmi les premières à sortir…ouf enfin…je mets le tout dans ce « quasi-chariot » (puisqu’il est boiteux comme tous ses compatriotes d’ailleurs) et je me casse. Se dit-il.
Voilà le moment que Chivoux déteste le plus : passer les douaniers. Je dis bien les douaniers et non pas la douane. Celle-là elle est encore gentille. Il n’aime pas ouvrir toutes ses valises puis les refermer encore une fois…Mais bon ce n’est pas lui qui décide. Poussant son chariot il espère échapper à la fouille. Pas cette fois en tous cas.
Alors que des gens passent inaperçus (coup de chance ou coup de pouce, Chivoux l’ignore), lui malgré sa minceur on l’appelle à la barre. Et re-bonjour l’interrogatoire :
- mnin jiti ? ach kat dir temma ? chhal ounta temma ? qu’est ce que tu as avec toi ? t’es sûr ? chouf ou kane….yallah goulia il te reste du Dollar ? …chnou walou ??!…chi kado lddrari llah ikhelik…nta ghir talib… yallah ferme tes valises !!!
Pfff bienvenue Chivoux galiiiik…après tout ce qu’ils m’ont fait subir…bienvenue chimoi ou bzaz menhoum. Grogna-t-il. Il sort et se précipite vers la station de train…il a pas le temps de voir les gens s’embrasser en plein chemin, des accolades, des curieux tout simplement qui passent leur temps à attendre les arrivées et les petits mendiants ils sont là aussi mais en modernes quoi. Ils demandent plus un dirham non mais vous êtes fous ??!…chi Dollar âafak…sinon…chi Euro llah ikhelik. Vous avez l’embarras du choix…donner en Euro ou en Dollar, c’est comme vous voulez !…
Bref Chivoux court vers la station de train…mais malheureusement il a raté le train…enfin « raté » n’est peut-être pas le mot puisqu’il n’y a de train qu’au bout de chaque heure. Quels sont les critères ? Dieu seul sait. Alors ceux qui ne le ratent pas sont les chanceux. Et comme Chivoux part vers Rabat et qu’il n’y a pas de train direct Aéroport-Rabat il sera obligé d’attendre 30 min de plus une fois à Casa. Génial non ?!
Esquinté, Chivoux se laisse aller sur un banc…écoutant Oum Keltoum (Allah yerhemha) qui chantait dans une petite cafétéria de la gare de train. Le cerise sur le gâteau c’était le trajet par train de l’aéroport à Casa. Un conseil : Ne regardez pas par la fenêtre. Lance Chivoux à un type assis à coté de lui : un gawri. Chivoux avait honte…il ne comprend rien : tout le monde sait que ce trajet est surtout fait par les touristes car pour ses concitoyens toute la famille (la petite et la grande) vient les chercher à l’aéroport. Une questions se pose dès lors : Pourquoi ce trajet n’est parsemé que de bidonvilles, que de décharges, que de terre battue (et encore ce n’est pas le Roland Garros), que de vaches, ânes et compagnie ?
Chercher la réponse à cette question a permis à notre héros Chivoux de passer le temps durant le trajet Nouasser-Casa, l’attente à casa, le trajet Casa-Rabat et il y réfléchit toujours.
23 janvier 2005
Chivoux prend l'avion
« emm….meee…nez-moi au bout de la terre ¯ emmenez-moi au pays des merveilles ¯…il me semble ¯ que la misère ¯ serait moins pénible au soleil ¯ » lalalala lallala...
- allo Monsieur Chivoux…restez en ligne.
- Mada…
Oups ! C'est déjà la musique classique le même morceau chaque fois...Laissez moi écoutez ma musique et vous…contentez-vous de faire votre travail en moins de temps. Crie chivoux quand même mais tâche de rester calme…il est de bonne humeur aujourd'hui. Il a pu obtenir un mois de vacances en convainquant ses supérieures d'un beau mensonge. Comme quoi chivoux doit rentrer dans son pays afin de pouvoir voir son frère qui a eu un terrible accident de route. C'est vrai ce n'est pas les accidents qui manquent chez lui…c'est devenu même un fléau…Chez chivoux - où vous êtes toujours le bienvenue – on fait aussi la guerre au terrorisme sauf que les terroristes sont au bord de leur voiture et tout le monde les regarde même l'agent de police. Quoi ? Comment ? Le code de la quoi ? ahhh vous parlez sûrement de ce livret aux pages jaunes (soit c'est un papier antique soit en révisant on y verse un peu de sauce) où il suffit de répondre à chaque question par :virage, double virage, doura, habta, devant l'hôpital…
Bref ceci n'est pas le problème…on s'habitue, mais l'histoire est que chivoux n'a pas de frère.
Certes dans son pays d'accueil tout ce que tu diras pourras se retourner contre toi mais faut d'abord qu'il se retourne. L'Homme a des droits tout comme chez lui d'ailleurs, sauf que chez lui c'est les droits qui n'ont pas d'Homme pour les réclamer.
- ¯¯¯¯¯ restez en ligne pour garder votre priorité ¯¯¯¯¯
- et zut alors…moi je n'ai pas que ça à faire…la RAM rame au téléphone…si seulement j'avais le choix...Cette phrase reviens souvent au Maroc…le monopole fait souffrir bien de gens…
- Royale air Maroc Bonjour ?
- Bonjour Madame RoyaleAirMaroc !
- C'est Halima comment je peux vous aider ?
- En réduisant le temps d'attente s'il vous plait. Ça fait 20 min que j'essaye de joindre l'unique numéro de téléphone et 30 min pour vous joindre vous ! pourriez-vous mettre une musique marocaine au moins !
- Je suis désolé Monsieur mais c'est une saison très chargée…
- Le chômage aussi bat son plein…
- Changez de compagnie si ça ne vous plaît pas…
- Khelli dik jmal na3ess…je cherche un billet aller retour Montréal-Casa
- Une minute…¯¯¯¯¯
On dirait que la notion du temps n'est pas la même chez la RAM et dans le reste du monde…une minute peut durer 15 minutes. Einstein n'avait-il pas démontré que tout est relatif…
- Monsieur ? Monsieur…vous êtes là ?
- Oui, à force d'écouter votre musique classique…j'ai eu envie de faire un somme…dirou lina chi chaâbi au moins.
- Ehh…j'ai trouvé un billet, c'est très difficile de trouver des billets en cette période de l'année...
- Halima choufi, ce discours je n'en que faire…tout ce qui m'intéresse est le prix. ça coût combien ? et ne me demande pas d'attendre une minute allah ikhelik…
- Non le prix est devant moi…avec taxes et tout c'est 1430$ (10 010dh)
- Aww…yak labass…je sais bien que le Maroc est le plus beau pays du monde mais là c'est quand même trop…
- C'est les prix de la saison…
- Ça me fait rire moi….et dans quelle saison voulez-vous que j'y ailles ? mali msali…vous profitez de votre monopole…En plus votre service laisse à désirer…
- Sidi…ghadi tchri oula la ?
- Une miniute ¯¯¯¯¯
Chivoux décide de jouer leur jeu : il rapproche le combiné de sa chaîne stéréo qu'il a acheté bon marché et leur fait écouter de la bonne musique du pays…là il est devant un dilemme : d'une part il veut bien rentrer chez lui le plus vite possible (la RAM est la seule à offrir un vol direct) et encourager le produit marocain…d'autre part il refuse de se faire arnaquer. De payer le double prix avec un service médiocre pour la seule raison qu'il n'y a pas de concurrence.
Finalement Chivoux se révolte : jusqu'à quand nous nous laisserons faire…jusqu'à quand on laissera nos envies immédiats l'emporter sur nos droits…On dit souvent que le Maroc est un pays de droit…et on en rie…Chivoux par contre croit profondément qu'au Maroc les droits de l'Homme sont respectés…le problème c'est l'Homme qui ne réclame pas ses droits…
- Allo Madame…je veux parler à voter supérieur…
- Il est en réunion…
- Vous allez pas me la faire…passez-le moi ou bien je passerai faire un scandale chez vous…et je serai pas seul…vous connaissez les médias d'ici ?
- Très bien Monsieur…restez en ligne..
- Allo..
- Oui Monsieur, je m'appelle Chivoux et j'ai envie de rentrer au bled sauf que vos prix ne m'encouragent pas.
- J'y peux rien ce n'est pas moi qui fixe les prix.
- Ok mais trouvez-vous ça normal que la RAM soit la seule compagnie ou chaque passager a eu son billet à un prix différent de l'autre…le fils d'un tel, le cousin de l'hôtesse, le frère de l'ami du fils de celui qui met les tampons sur les passeports…
- Ehhh…
- Et puis pourquoi les autres compagnies offre moins cher que ça sauf que le voyage dure plus longtemps ?
- Ecoutez Monsieur vous appelez la mauvaise personne…
- Je veux juste vous dire …j'ai décidé : je préfère prendre un charter avec Ouagadougou Airlines, faire une escale à tambktou ou à Guatanamou gaâ…que de payer ce prix là.
- Ok
- Vous répondez Ok…alors que vous êtes entrain de perdre un client…vous vous en fichez…votre salaire est plus important…c'est pour cela que mon beau pays n'avancera pas avec des personnes comme vous.
Puis Chivoux raccroche…enragé…enfin, il a prix l'habitude d'être traité comme un roi en tant que client mais là il est face à un marché avec une mentalité ou c'est le vendeur qui se prend pour le roi. Son interlocuteur n'a manifesté aucune compréhension et il va oublier ce discours dans les prochaines secondes…peu importe…Chivoux quant à lui est content de lui…il est sorti du « ring » vicieux ou l'on encaisse et on se tait.
Deux jours plus tard…Chivoux appelle une agence de voyage (une connaissance), achète son billet à 1050$ (7350dh)…la surprise est que le vol est assuré par la RAM ! va comprendre.
08 janvier 2005
Ici vous êtes chivoux…
Notre héros, chivoux de son nom, passe ses vacances dans son bled bien ensoleillé. Ses journées défilent tranquillement jusqu'au jour ou il décida d'approcher l'administration, et pas n'importe laquelle : le commissariat s'il vous plaît. Non non chivoux n'a jamais volé, ni agressé qui que ce soit mais tout simplement il avait besoin de la fameuse fiche anthropométrique.
Sur le chemin du commissariat central chivoux médite sur cette appellation : alors que de part le monde on utilise « casier judiciaire » chez nous on insiste sur fiche anthropométrique. Pourquoi donc ? Mystère. Notre héros avait cherché dans le dictionnaire la signification du mot et a trouvé ceci : fiche anthropométrique…établie au moyen de l'anthropométrie ce qui ne l'avance en rien bien évidemment. Il décida de voir le mot « anthropométrie » et là il découvrit une réalité : anthropométrie judiciaire…appliquée à l'identification des délinquants. Wow quelle découverte ! Alors que partout un suspect est innocent jusqu'à preuve du contraire chez nous c'est le contraire, pire encore tu n'es même pas suspect. tu es coupable !!! Remarqua chivoux avec peine.
Intimidé par cette découverte, il avance quand même vers la grande porte du commissariat, il sent tous les regards se fixer sur lui et lit à travers les yeux des gardes tout sauf le bienvenu universel. Toutefois, il aborde le policier à la porte avec assurance :
- Salamou alaikoum…(sourire aux lèvres)
- Fine ghadi ? (sourcils froncés)
- Je viens chercher une fiche anthro…(ramassant son sourire…traduisez !)
- Tu as ta CIN ?
- Oui
- Fais voir
Chivoux sort sa CIN et la tend au policier :
- Voilà
Le policier la regarde en 2 secondes (une seconde pour chaque face) et dit :
- Vas voir là-bas…(En montrant un bureau en plein air partagé entre deux policiers. )
Qu'est ce que je vais voir ? Y a-t-il un spectacle ? Peut-être bien puisque ça se passe en plein air…c'est vrai que c'est l'été mais quand même un bureau en plein air…notre héros garde ces remarques pour lui et sans remercier le policier (non pas par manque de respect mais cet agent n'est sûrement pas habitué à ce genre de politesse) il se dirige vers le bureau.
Deux agents de police sur le même bureau chacun s'appropriant un coin. Rapidement chivoux estime qu'environ 50 cm séparent les deux policiers et il s'adresse au premier qui chômait jusque là :
- Salamou alaikoum..
- fine ghadi ?
A cet instant chivoux remarque que depuis qu'il a quitté son pays, le langage avait changé : la réponse normale à « salut » est « ou vas-tu » plutôt que « bonjour »
- Je viens chercher une fiche anthro…
- Tu as ta CIN ?
- Oui
- Fais voir
Apparemment, nos agents de polices ont tous suivi la même formation et le même cours d'interrogatoire chez le même prof. Notre héros tend sa carte qu'il n'avait pas eu le temps de ranger dans son portefeuille… le policier regarde rapidement les deux faces et la pose sur le bureau du coté du second policier et souffle : regardes avec lui…(traduction oblige !)
« Ah ok ! ton coup d'œil a donné à ma CIN de l'éclat. Merci. Il fallait absolument que tu la regardes ma CIN ? » se dit chivoux enragé intérieurement mais gardant son calme. En regardant vers le second policier il se dit : Enfin un policier avec un registre, il me sera bien utile celui-là. Il lui lance souriant :
- salamou alaikoum…
- fine ghadi ?
INCROYABLE ! Chivoux vient de découvrir une propriété physique propre à son pays : l'air n'est pas conducteur d'ondes sonores ! GENIAL non. 50 cm d'air est suffisante pour l'isolation. Il peut déposer un brevet pour ça et obtenir le prix Nobel en physique…mais avant il a besoin de cette foutue fiche…alors il prend une grande bouchée d'air non conducteur et répond :
- Je viens chercher une fiche anthro…
- Tu as ta CIN ?
- Oui..elle est juste devant vous
Il la prend sans souffler un mot, note le nom et le numéro de la CIN puis lance : deuxième (faut comprendre deuxième étage). Dis donc, Kahyrou lkalami ma kala wadala.
Chivoux monte et là une file qui découragerait les plus vaillants, l'attend. Cependant, Comme il tiens trop à cette fiche il rassemble ses forces et se met en ligne. Tous les visages sont fatigués, désespérés et font croire que c'est des figures de délinquants à part deux messieurs élégants. Chivoux s'est demandé alors ce qu'ils font ces deux messieurs dans un endroit pareil. Comme si le commissariat est interdit à ce type de personne. Avant d'errer plus loin avec dans ses pensées, notre héros se ressaisit : voyons ! C'est une administration publique et ce n'est pas cette définition dans le dictionnaire qui me fera croire que seuls les délinquants viennent ici. Moi je suis là alors ! Se dit-il ironiquement. C'est vrai que je ne suis personne mais bon je suis un bon citoyen. Poursuit il.
Chivoux ne voulait pas admettre que cet endroit est vraiment réservé aux moins chanceux de cette société même si les autres règlent leurs affaires par téléphone ou via leur portefeuille et ne pose pas les pieds ici.
Pendant qu'il était plongé dans ses réflexions, se rappelant avec amertume son pays d'accueil ou le temps de service est négligeable, un commissaire sort du bureau devant lequel cette file est rangée…et crie : hey ! vous ! dans la file…rentrez dans la file malna f couri ! Puis jette un regarde meurtrier sur les gens qui s'empresse de se coller au mur. Ah combien l'ignorance peut faire mal dans ce pays, pensa chivoux…qui trouvait cette humiliation humiliante et inutile à la fois. Mais bon il a besoin de cette foutue fiche…après 20min …le même scénario se répète : le commissaire sort et crie puis jette son regard qui tue…là les deux messieurs élégants qui en avaient marre et d'attendre et de se faire ridiculiser et de se retrouver dans ce couloir à délinquants, crient : qu'est ce qu'il y a ? On attend tranquillement, tu veux qu'on traverse le mur ou quoi ? Tout le monde les regarde et chivoux satisfait intérieurement fixe le commissaire des yeux comme pour lui dire : c'est bien fait pour ta gueule pauvre C…le commissaire ne dis rien, rentre et ne sort plus.
Après un bon bout de temps, c'est le tour à chivoux. Il rentre dans le bureau, et comme il a appris la leçon (on l'a bien éduqué) il dit pas bonjour. Il tend sa CIN et le commissaire lui demande, comme si ce bureau servait à autre chose que de faire des fiches pour délinquants:
- ach bghiti ?
- fiche anthro…
- tu as l'argent ?
- oui
- bien et la copie de la CIN (remarquez la priorité des choses)
- quoi quelle copie ? j'ai toujours demandé cette fiche sans copie.
- Llla khassek tsouwerha.
- Mais avant…
- Ça a changé dernièrement
- On me l'a pas dit en bas et c'est écrit nulle part comment je vais savoir ?
- Voila je te le dis et là tu perds mon temps
- Désolé.
Chivoux se retire tout en se sentant blessé. N'est ce pas vrai qu'hier seulement il a lu un grand article sur la proximité de l'administration (du citoyen) et un autre sur le nouveau concept de l'autorité et un autre sur les droits de l'Homme….du bla bla ni plus ni moins. Notre héros n'était pas contre le changement mais il est pour le droit à l'information. Il veut être informé, si les trois policiers qui l'ont accueillis ne sont pas payés pour le lui dire, eh ben que ça soit non seulement écrit mais lisiblement écrit partout dans le commissariat…. On n'a pas le droit de perdre mon temps de gâcher une journée de mes vacances limités. S'enragea-t-il. Ce petit contact avec l'administration a été suffisant pour dégoûter chivoux et lui faire oublier ce beau slogan de Najat aatabou et foudel « ici vous êtes chez vous…. » Sauf que la suite devrait être « restez là-bas c'est mieux pour vous ».
Notre héros sort du commissariat en pensant au jour de son départ, départ pour son autre pays. Il prend quand même le temps de photocopier sa CIN mais comme il était presque midi il décida de revenir l'après midi.
Vers 14h30 il s'avance vers la grande porte du commissariat en imaginant déjà le scénario qu'il l'attend mais cette fois il est rodé : pas de bonjour, des réponses courte genre oui/non et surtout pas de sourire et être prêt à démarrer au quart de tour. Armé de tout ceci il essaie de rentrer directement chez les policiers dans le bureau en plein air, toutefois le policier lui dit : fine ghadi…chivoux à peine se retourne vers lui réponds sans s'arrêter de marcher : chercher une fiche…et il continue. Waw ça marche. Se dit-il tout fier de lui-même.
Dans le bureau il donne directement la CIN au policier qui a le registre devant lui mais ce dernier refuse de la prendre et c'est plutôt la policière qui était à côté qui l'a prise (les policiers ont permuté, ce ne sont plus les mêmes). C'est bien, des femmes policières, au moins elles seraient plus humanistes…avant que notre héros termine sa réflexion la policière qui a bien examiné sa CIN lui dit : toi tu habites en haut alors faut aller dans le commissariat d'en haut. Chivoux ne croit pas ses oreilles et r